sophieTASTE cabinet de recrutement spécialiste du secteur Banque/assurance, a enquêté pour vous apporter un nouvel éclairage sur la fonction de RISK MANAGER.

Sophie MAILLOT-DEBERGUES, principal assurance chez TASTE, vous livre son interview d’un métier jeune et en constante évolution…

Amis professionnels de la Banque / Assurance, nous vous souhaitons une bonne lecture !

Au sein de l’entreprise, le Risk Manager identifie, quantifie et analyse ce que peut engendrer l’activité en termes de risques opérationnels, financiers et stratégiques.  Il organise, entre autre, la prévention ainsi que le financement interne comme externe.

En lien avec la direction générale, il assure la viabilité des projets relatifs aux risques et programmes d’assurance de l’entreprise. Par ailleurs, il négocie les contrats de couverture avec les entreprises d’assurance. On évoque cette fonction au sein de l’entreprise avec nos deux invités Fabrice Morgaut [Directeur Risques, Assurances et Gestion de crise chez Compagnie des Alpes] et David Vigier [Directeur Groupe, Assurances et Gestion des Risques chez Europcar International] qui nous éclairent sur l’actualité de leur métier :

Le Risk Manager : définition et périmètre

Il est le référent risques et assurances au sein de son entreprise. Son action vise à sécuriser les actifs de l’entreprise et à protéger l’activité de différents aléas (catastrophe naturelle, accident…) . Mais afin de bien comprendre le rôle de Madame ou Monsieur  Assurances et Risques  dans l’entreprise, il est important de préciser son périmètre:

Il peut n’être qu’en charge de la direction des assurances qui gère les risques dits « assurables » (Incendie, accident, catastrophes naturelles, pertes d’exploitation, responsabilité civile, transport etc…)-Il peut également être chargé de suivre l’ensemble des risques y compris les risques non assurables (grève, pandémie, réputation, etc). Lorsque les secteurs assurance et risque sont séparés, il peut rencontrer des difficultés à appréhender le risque dans sa globalité. Il peut être contraint de se borner au travail d’un acheteur spécialisé en charge des montages d’assurance. Pour autant, l’évolution du métier vers plus de formalisation a conduit certaines entreprises à créer des départements en charge de la gestion des risques et donc à distinguer les deux directions. Les évolutions de notre société nous incitant à passer d’une logique de moyens à une logique de résultats, Il est donc nécessaire de pouvoir prouver (écrits à l’appui) que toutes les actions ont été effectuées pour prévenir et gérer le risque, et d’y dédier une direction spécifique.

Comment voyez-vous l’évolution de la fonction depuis les années 90 durant lesquelles les besoins de la fonction s’étaient élargis à une gestion des programmes d’assurance et à l’élaboration de plans de crise ?

Le fait de parler de gestion globale des risques a fait sortir, depuis longtemps déjà, la fonction des simples problématiques d’assurance et le rôle s’est élargi à de véritables enjeux de partenaire interne apportant méthodologie et expertise sur des sujets tels que la gestion de crises, la sécurité des biens et des personnes, la Responsabilité sociale et environnementale, etc…Le RM est sollicité sur la gestion des risques et dans la manière d’appréhender les processus de l’entreprise.

On voit que cela se traduit dans l’offre de formation et on observe que la fonction embrasse de plus en plus de dimensions. Les formations sont plus nombreuses qu’auparavant et proposent d’enseigner la gestion du risque au sens large ce qui est une bonne chose. Par ailleurs, les directions sont de plus en plus sensibilisées à la gestion des risques et le Risk Manager est davantage sollicité et impliqué dans la stratégie globale de l’entreprise. Pour exemple, il est de plus en plus consulté lors de projet de contractualisation, de montages financiers, d’opérations de fusion-acquisition, et peut donner son avis sur les contraintes mais aussi les opportunités de l’opération.

Qu’attendez-vous de vos partenaires courtiers et assureurs compte tenu de l’évolution du métier et de la charge de travail afférente ?

Lorsqu’un sinistre survient nous avons besoin que nos fournisseurs/partenaires surpassent l’analyse financière et fassent preuve d’une certaine ouverture d’esprit. Nous avons besoin aussi de conseil et d’assistance, d’accompagnement adaptés à la réalité et aux enjeux de l’entreprise de la part de nos courtiers et c’est justement de cette manière que leur positionnement et leur modèle évoluent. Les RM attendent des assureurs et intermédiaires davantage d’implication et de compréhension de l’activité/ du business de l’entreprise et donc d’analyse commune du risque, de gestion et d’amélioration des processus. Les RM ont besoin d’être accompagnés sur des problématiques au cœur de leur métier. Aujourd’hui le RM, comme n’importe quelle fonction de l’entreprise, doit justifier de la valeur ajoutée du courtier auprès de son Directeur financier, auquel il est souvent rattaché.

Comment voyez-vous l’interaction/les synergies avec la fonction RH ?

La relation avec les Ressources Humaines est clé ; les femmes et hommes de l’entreprise étant son actif essentiel (cf risques psycho-sociaux/ problématiques de non-discrimination, gestion du personnel à l’étranger, etc). Aux Etats-Unis il n’est pas rare que le risk manager se voit également confier toutes les assurances collectives. En France cette matière relève généralement de la responsabilité des ressources humaines. Or il s’agit de la même mécanique assurantielle qu’en Dommages/Responsabilité civile et il n’y a pas plus de justification que le RM soit plus impliqué sur la protection des risques liés aux biens de l’entreprise que sur les risques liés à l’humain. Les choses évoluent en la matière et c’est la logique vers laquelle on tend. Pour l’heure, les relations avec les RH restent sensibles à l’instar de celles avec les Responsables de la Sécurité des Systèmes d’Informations, car certaines zones de compétence peuvent encore être vécues comme des prérogatives exclusives. La clé est la communication, une approche et une posture constructive de la part du Risk Manager afin de lever certaines résistances et essaimer son expertise et sa méthodologie dans tous les compartiments de l’entreprise pour son plus grand bénéfice.

Quelles sont les qualités attendues sur cette fonction compte tenu de son évolution ?

Le Risk Manager est un chef d’orchestre, ayant un positionnement transverse, devant faire preuve de qualités de communication accrues, de pédagogie pour expliquer les enjeux et les risques, et surtout l’expérience reste extrêmement utile. Enfin, il doit articuler les différents enjeux de la fonction et faire preuve de persuasion vis-à-vis des différentes parties prenantes (internes : comité exécutif, paires, collaborateurs de l’entreprise ainsi qu’externe : actionnaires, CACs, partenaires…). L’évolution de la profession nécessite plus de souplesse face aux opérationnels pour pouvoir trancher entre risques et opportunités. Le risk manager est également amené à contribuer au développement de l’entreprise et à devenir un véritable partenaire stratégique en participant aux décisions.

Fabrice Morgaut évolue dans la fonction de Risk Manager depuis 1999. Diplômé d’une Maîtrise en gestion et Associate in Risk Management depuis 1996, il a commencé sa carrière en courtage avant de rejoindre Europcar comme responsable assurances pendant 5 ans puis Transdev pendant 10 ans. Il est aujourd’hui, au sein de la Compagnie des Alpes, en charge de la gestion des risques du leader mondial des domaines skiables et numéro 4 européen des parcs de loisirs. Ce généraliste de l’assurance dommage se passionne également depuis plusieurs années pour le cyber-risque et a eu l’occasion d’intervenir sur ce sujet brûlant à plusieurs reprises.

David Vigier est diplômé d’une école de commerce, Associate in Risk Management depuis 1995 et MBA HEC 2011. Il effectue une bonne partie de son parcours chez AIG où il évolue pendant 12 à la tête du département de Financement Alternatifs des Risques et Grand Comptes ans avant de devenir Directeur des Assurance et des Risques chez Europcar. Ses responsabilités s’étendent sur tous les pays du groupe et revêtent donc une forte dimension internationale au sein d’une société désormais cotée. Issu des grands risques, David a également développé l’offre d’assurances dite affinitaire, contribuant à la croissance de la société de mobilité.