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11 Septembre 2021

Comment parler de sa période de recherche à un recruteur ?

Damien Créquer, associé du cabinet TASTE et Frédérique Hébert, consultante experte du secteur de la distribution, donnent dans cette interview les clés pour mettre en valeur, au cours d’un entretien d’embauche, cette période souvent mal vécue. 

La période de recherche est au candidat ce que la mue est au homard : une étape au cours de laquelle il n’a plus sa carapace, cette assurance que lui conférait son ancien poste, en attendant d’en reconstituer une nouvelle. Il se sent d’autant plus fragile que les croyances attachées à la perte d’un travail demeurent bien ancrées. 
Pour le comprendre, il faut remonter des années en arrière. Durant les trente glorieuses, vivre une période de chômage était perçu comme quelque chose d’infamant, un véritable déclassement tandis que la croissance était insolente. Problème, cette conception a perduré longtemps après les années 70, alors que la situation économique a changé. Aujourd’hui encore, certains candidats que nous rencontrons estiment que s’ils ne sont plus en poste, c’est parce qu’ils ne sont pas bons. Et nous arrivent dans un état d’anxiété élevé. 
Rappelons en préambule quelques éléments de contexte permettant de dédramatiser cette période de recherche. Le taux de turnover dans les entreprises françaises est à l’heure actuelle de 8 % : beaucoup de départs, mais aussi beaucoup d’arrivées. Le taux de chômage des cadres était lui de 3,4 % en 2019, soit une situation de plein-emploi. Enfin, la rupture conventionnelle a fait son apparition, qui laisse davantage d’autonomie dans la gestion de sa carrière. Il n’y aujourd’hui a plus de raisons de sentir en infériorité lorsqu’on est entre deux jobs. 


Toutes les expériences professionnelles sont-elles bonnes à mentionner et à expliquer à un recruteur ? 


Frédérique Hébert : Un recruteur cherche toujours à savoir ce qui anime un candidat. L’entretien d’embauche est donc le bon moment pour revenir sur ses expériences. Mais comme dans tout entretien, il faut adapter son discours. Il est fondamental d’avoir bien réfléchi au préalable à son projet, afin d’aller chercher, dans son histoire personnelle, ce qui atteste de sa motivation et de sa cohérence afin d’éclairer le recruteur. 
Celui-ci va également évaluer la façon dont son interlocuteur s’est mis en mouvement : cherche-t-il activement un emploi qui lui convient ou se contente-t-il d’attendre qu’on lui trouve un job en accord avec ses dernières expériences professionnelles ? Il est donc important de se montrer authentique dans sa présentation et d’éviter les discours « marketing » et les phrases toutes prêtes qui n’aident pas à cerner une personnalité. 


Comment expliquer une période d’inactivité ? 


Damien Créquer : Le candidat peut parler de tout ce qu’il a mis en action durant ce laps de temps, que cela soit d’un point de vue professionnel ou personnel. Il peut donc évoquer ses voyages, les formations qu’il a décidé de suivre… La période de recherche est le moment ou jamais de se montrer créatif : à chacun d’aller explorer plusieurs pistes, afin de trouver celle qui lui correspond le mieux. C’est pourquoi nous conseillons aux candidats de ne pas renoncer aux activités « plaisir » ni aux vacances durant cette période. 


Cela ne risque-t-il pas de se révéler contreproductif ? 


D.C. : Mener une recherche efficace n’est pas synonyme de suractivité. Il est normal de vivre un temps de « deuil », d’acceptation et de retour vers soi. En moyenne, la recherche d’un cadre dure 15 mois. Il faut donc accepter que celle-ci puisse aussi durer plus longtemps et bien réfléchir à ses facteurs de motivation professionnelle : quel type d’entreprise, quel univers, quelles formes de coopération… Ensuite, débute un temps d’ouverture et d’échanges qui vont nourrir le projet. Les candidats rencontrent trois fois plus de personnes durant leur période de recherche qu’au cours de toute leur carrière écoulée ! 


Enjoliver une expérience, c’est de bonne guerre, non ? 


F.H. : Si le candidat souhaite trouver sa route, mieux vaut qu’il se montre honnête et authentique avec nous. D’autant que nous sommes les mieux placés pour l’accompagner dans sa recherche. Il est même encouragé à évoquer ses échecs et la façon dont il a réagi. Cela montre qu’il est capable de prendre du recul sur ses expériences professionnelles et sur son discours. Nous, cela nous aide à voir ce qu’il a appris dans ces moments-là. Plus le candidat adoptera cette attitude, plus il apparaîtra comme un acteur de son changement et donnera une chance aux personnes rencontrées de s’intéresser à son projet. La période de recherche est une mise en mouvement, elle demande beaucoup d’énergie. C’est, en soi, un réel travail ! 


Faut-il entrer dans le détail de son processus de recherche ? 


D.C. : Oui, expliquer comment on se met en action est capital. Le candidat peut par exemple détailler les rencontres phares effectuées durant cette période. La manière dont recherche un candidat dit beaucoup au recruteur de ce qu’il est, dans sa façon d’utiliser les réseaux sociaux pour identifier les opportunités par exemple, ou celle de se définir des objectifs réalisables. 


Y a-t-il une attitude recommandée à adopter en entretien ? 


F.H. : Ne jamais se prendre pour un acteur et jouer, ou pire encore surjouer. C’est l’assurance de faire mauvaise impression. Un candidat n’a pas à se sentir inférieur au recruteur. Ne pas se sous-estimer, donc, mais éviter aussi, à l’inverse, l’excès de confiance en soi. L’entretien n’est pas un examen scolaire, ni le recruteur un professeur savant, et la conversation se mène d’égal à égal. Rester soi-même est également une bonne façon de mettre ses soft-skills en avant. Ceux-ci ont plus d’importance que jamais aujourd’hui. 


Un candidat a-t-il intérêt à réclamer un retour sur sa « prestation » ? 


D.C. : Il faut dépasser sa peur d’interroger le recruteur après un entretien. Les feedbacks sont fondamentaux. En l’espèce, ils vont permettre au candidat de comprendre s’il fait passer les bons messages sur sa période de recherche ou si les non-dits, les complexes éventuels, prennent le dessus. Les recruteurs se montrent souvent de bon conseil : écoutez-les. Encore faut-il pour cela leur demander. 


Osez parler avec authenticité et sincérité de votre période de recherche à un recruteur. Chez Taste, nous accompagnons les candidats dans leur transition professionnelle, les aidons à identifier le projet qui leur convient et leur donnons les moyens de le mener à bien. 



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