Blog

30 juillet 2020

Comment la crise préfigure-t-elle le travail de demain ? Défis.

Ces nouveaux défis que vont devoir relever les entreprises


Une tribune de Damien Créquer, co-fondateur et associé du cabinet de conseil en recrutement Taste.

Le monde du travail a été profondément bouleversé depuis l’apparition du Coronavirus. En moins de trois mois, salariés, entrepreneurs et indépendants ont dû s’adapter à des circonstances inimaginables quelques semaines auparavant et réinventer leurs rôles. Parce qu’elle oblige à rebattre toutes les cartes, cette crise est aussi l’occasion de se saisir à bras-le-corps de sujets qui demeuraient au second plan, mais dont l’urgence apparaît désormais de façon évidente. Voici les trois défis auxquels les entreprises vont désormais devoir s’atteler en priorité si elles veulent rester dans la course. 

La transformation accélérée des métiers

Le chiffre avait fait grand bruit. En 2017, le fabricant de PC Dell et le think tank « Institute for the future » avaient estimé que 85 % des métiers de 2030 n’existaient pas encore. En un peu plus de dix ans, c’est donc la quasi-intégralité du paysage qui pourrait se voir transformé. 
Cette lame de fond est portée par les BNIC (Biotechs, Nanotechs, Intelligence Artificielle et Neurosciences). Une vague d’innovation, d’automatisation et de croissance qui passe par la destruction d’un certain nombre d’emplois à faible qualification. Qui a pu observer l’inauguration du magasin sans caisses ouvert par Amazon comprendra assez bien que la fonction de caissier ou de caissière, pourtant décrite comme essentielle pendant la crise, n’en a sans doute plus pour très longtemps à exister… 

Ce mouvement de création destructrice ne doit cependant pas effrayer. En effet, les innovations peuvent aboutir à la suppression d’une grande quantité de fonctions, mais elles en créent l’apparition de nouvelles. Ainsi, la réindustrialisation de la France passe par l’implantation d’usines largement automatisées, mais leur fonctionnement reposera sur des techniciens et des ingénieurs actuellement en sous-nombre comparé aux besoins futurs. 
  
Bien malin, néanmoins, qui peut prédire l’avenir avec certitude. Avec la révolution numérique, un savoir-faire technique peut devenir obsolète en seulement douze mois. C’est pourquoi les entreprises devront compter davantage sur les soft skills de leurs collaborateurs plutôt que sur leurs hard skills. Et donc miser sur leur capacité à s’adapter, à communiquer, à se former et non plus seulement sur un diplôme obtenu une fois pour toutes. Ces soft skills eux-mêmes pourront être renforcés par un programme de formation continue adéquat. 

La transition écologique

L’ampleur de la crise sanitaire que nous traversons a ouvert les yeux d’une partie du monde sur notre fragilité devant les événements naturels et a, par ricochet, remis les préoccupations écologiques au premier plan. Selon une récente étude internationale menée par le Boston Consulting Group, 72 % de la population se dit plus consciente qu’avant de la menace que représente la dégradation de l’environnement. 

Les investisseurs connaissent la même réflexion. On observe ainsi qu’entre le 13 mars et le 24 avril 2020, au cœur de la crise, 25 % des start-up ayant réussi à lever des fonds appartenaient aux univers de la Greentech ou de l’Agritech. Le capital s’oriente aujourd’hui vers des propositions capables de faire évoluer notre modèle économique et écologique. 

Cette transition écologique est également soutenue par différentes initiatives, comme par exemple le pacte vert européen, un plan d’investissement de 100 milliards d’euros sur 10 ans soutenu par la Commission européenne. Toutes les couches de la société ont été touchées, créant pour les politiques environnementales une occasion unique de s’imposer. 

L’inclusion

La transformation des métiers et le développement technologique présentent cependant un risque majeur : celui de l’explosion sociale. Comment éviter de laisser au bord du chemin les personnes exerçant des métiers peu qualifiés, dont les fonctions pourraient être automatisées ou tout simplement disparaître ? Faute de réponse, le mouvement des gilets jaunes pourrait n’être qu’une simple répétition des crises à venir. 
  
Pour faire face aux défis actuels, les États membres des Nations Unies se sont accordés en 2015, lors de la COP21, sur 17 objectifs de développement durable (ODD) pour les acteurs publics et privés. Déclinés en 163 cibles, ils devront être atteints d’ici 2030. S’ils répondent à des objectifs larges (éradiquer la pauvreté, protéger la planète…), certains d’entre eux ciblent spécifiquement la question de l’inclusion. Ainsi, l’ODD 5 vise l’égalité entre les sexes et l’ODD 10 la réduction des inégalités. Selon une étude du BCG, 76 % des entreprises du SBF 120 ont déjà fait de l’ODD 5 une priorité et 47 % concernant l’ODD 10. De nombreux investisseurs appuient cette tendance, conditionnant l’apport de leurs capitaux au respect de ces ODD. 
  
L’enjeu de l’inclusion, sur lequel il devient primordial de se positionner, nous permettra de continuer à faire société. Il crée de nouveaux besoins de formation pour les organisations. Car il leur donne un impératif de développement du personnel, de montée et d’apport en compétences. C’est qu’on attend désormais des entreprises qu’elles permettent aux moins qualifiés de se former afin de pouvoir accéder aux métiers de demain. 
  
On mesure ainsi l’ampleur des chantiers qui nous attendent. Faute de créer suffisamment d’emplois et de richesses, les problèmes sociaux et économiques ne feront que s’aggraver. La décroissance n’est pas une option. L’épidémie de Covid-19 doit donc aussi être vue comme l’occasion ou jamais d’activer les bons leviers afin d’améliorer le travail, la société et de nous assurer un meilleur futur. 





La newsletter